Les voiles de la liberté

Ce fut un long cri. Aussitôt suivi d’une cavalcade sur les planches et les marches du pont. Quelques marins grimpèrent dans les haubans, pour voir de plus loin.

Terre ! Terre en vue !

On le pressentait depuis un moment. Quelque chose dans l’air, qui l’avait peu à peu chargé des parfums du sol, des promesses des fleurs. Les oiseaux aussi avaient changé. Aux grands volatiles du large avaient succédé des espèces plus petites et plus colorées, aux chants inconnus. La rumeur avait confirmé la nouvelle : dans la cabine du capitaine, racontait Pierre, il avait bien remarqué, en faisant semblant de passer un chiffon, que sur les cartes couvertes de règles et de compas, le petit point qui représentait la frégate n’était plus tout seul au milieu d’une grande tache de bleu, mais se rapprochait de tas de traits, de bâtons et de dessins. Ce devait être l’Amérique, cette espèce de corne un peu tordue sur un parchemin.

Le port de Pauillac, 25 mars 1777. Jean cavale à perdre haleine esquivant habilement les passants ainsi que les tonneaux et barriques qui traînent çà et là sur le quai. Il est poursuivi par la maréchaussée et un marchand bouillant de colère car il vient de lui dérober deux petits pains aux épices. Jean Bellenfant est un jeune garçon d’environ 13 ans au visage enrobé de jolies boucles dorées et s’il vient de commettre un larcin, c’est parce qu’il avait faim ! Au dernier moment, il se cache dans un tonneau et échappe de justesse à ses poursuivants. A la nuit tombée, alors qu’il pensait être tiré d’affaire, le tonneau dans lequel il se trouve est embarqué sur un bateau en partance pour l’Amérique. De l’autre côté de l’Atlantique, où la guerre d’indépendance bat son plein,  Jean rejoindra les belligérants aux côtés de nouveaux amis et du Marquis de La fayette, célèbre aristocrate et homme politique français.

Voici un excellent roman pour la jeunesse comme on voudrait en lire plus souvent. D’une plume élégante et délicate, Ella Balaert rapporte un passage de l’histoire des Etats-Unis. Mêlant intelligemment histoire et aventure, l’auteure met en évidence une bonne connaissance de la matière. Par delà les trépidantes aventures du jeune héros mûri par les épreuves de la guerre, elle offre une œuvre solidement argumentée et parfaitement documentée (références, notes de bas de page, lexique). Il en résulte un juste équilibre entre récit initiatique et fresque historique. Ce genre d’ouvrage possède en outre l’incontestable avantage de permettre au jeune lecteur de s’instruire tout en bouquinant.

C.V.

Balaert Ella. Les voiles de la liberté.(L’histoire comme un roman). Saint-Herblain : Gulf Stream Editeur, 2009. 151 p.

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